Kabuki : à la découverte de l’art des métamorphoses

Le kabuki, art du théâtre traditionnel japonais, a été présenté à Paris lors de MEET KABUKI – The Art of « Onnagata », une rencontre avec l’acteur Nakamura Takanosuke à la Maison de la culture du Japon à Paris (MCJP). Organisée par Shochiku dans le cadre de la tournée européenne 2026, cette rencontre a permis d’approcher un art inscrit par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2008.

Kabuki : à la découverte de l’art des métamorphoses



Selon ceux qui le pratiquent, le kabuki ne s’apprend pas vraiment : il se transmet. Nakamura Takanosuke, dont l’élégance discrète contraste avec le maquillage baroque qu’il porte sur scène, a ouvert ce soir-là les coulisses de cette tradition vieille de plus de quatre cents ans.

Un art né dans les coulisses

Pour l’acteur, le kabuki a précédé ses choix. « Je suis né dans une maison de kabuki », a-t-il dit. Dans les grandes familles du théâtre traditionnel japonais, la scène n’est pas une vocation découverte à l’adolescence, mais le milieu dans lequel on grandit. Il a été emmené au théâtre dès sa sortie de la maternité, et l’enfance d’un acteur de kabuki est faite des loges, des coulisses et de l’odeur du fond de teint blanc appelé oshiroi.

Au Japon, on considère que l’apprentissage formel doit commencer au mois de juin de la sixième année de l’enfant. Pour les enfants issus de familles kabuki, cette date n’est qu’une formalité, car l’apprentissage a commencé bien avant. Il comprend la danse, un art du corps dont chaque mouvement est codifié, puis la déclamation, qui recherche la stylisation maximale plutôt que le naturel. La musique vient ensuite, notamment celle du shamisen, ce luth à trois cordes. « On dit au Japon que les acteurs doivent avoir des connaissances dans tous les domaines », résume Nakamura Takanosuke. Les jeunes acteurs sont par ailleurs encouragés à s’intéresser aux arts étrangers, certaines pièces du répertoire ayant absorbé des influences venues d’ailleurs.



Quatre siècles d’un art en costume

Le kabuki naît au début du XVIIe siècle à Kyoto, sous l’impulsion d’Izumo no Okuni, prêtresse du sanctuaire d’Izumo, qui donne des représentations de danses sur le lit asséché de la rivière Kamo. Son répertoire est subversif, ses costumes excentriques et son succès immédiat. Le mot kabuki viendrait du verbe kabuku, qui désignait une façon d’être flamboyante, délibérément hors des codes.

Les femmes sont pourtant rapidement écartées de la scène. Le gouvernement shogunal, inquiet des désordres liés à ces représentations, leur interdit de monter sur scène en 1629. Cette interdiction ne sera jamais vraiment levée dans le kabuki traditionnel. C’est ainsi qu’est né l’onnagata, le spécialiste masculin des rôles féminins, figure centrale de cet art et sujet même de la rencontre parisienne.

Le kabuki n’est pas pour autant figé. Le Shin Kabuki, ou « nouveau kabuki », s’est ouvert dès l’après-guerre à des écrivains et metteurs en scène modernes. Des œuvres de la pop-culture ont aussi été adaptées à ce format, comme Nausicaa ou la vallée du vent, Lupin the third, Blanche Neige ou Le Dictateur de Charlie Chaplin.

Pour les visiteurs qui se rendent au Japon, le kabukiza de Tokyo, le plus célèbre des théâtres de kabuki, est très ouvert aux touristes. Du 3 au 27 mai 2026, on peut y voir Sukeroku yukari no edo zakura (Sukeroku, le héros d’Edo), l’une des pièces les plus célèbres du répertoire, située dans le quartier des plaisirs de Yoshiwara. Toute la programmation est disponible en ligne.